Mon grand-père était un homme respectable. Il m’a transmis le goût du travail bien fait et du plaisir sincère qui en découle. À ses côtés, j’ai compris que le savoir-faire n’est pas seulement une compétence : c’est une source de valeur, une richesse, une manière de se construire et de s’estimer.
Aujourd’hui, dans mon travail, je photographie des gens et mets en lumière des savoirs-faire. Mon travail de nourrit de l’expérience, de la précision et de l’enthousiasme de celles et ceux qui font, fabriquent ou transforment. Dans des univers artisanaux, techniques, poétiques ou industriels, c’est sur ces gestes, parfois discrets mais essentiels, que se porte mon regard.
Avant de photographier, j’ai besoin de créer une relation de confiance, de me rapprocher des gens. Prendre le temps d’échanger, comprendre, observer sans appareil. Saisir le sens de chaque geste : ce qui compte, dans quel ordre et pourquoi. C’est à partir de là que je peux véritablement raconter une histoire. 
Mon émerveillement est intact devant les belles matières, les outils, les détails indispensables. Les mains marquées par le travail, les objets à la fois fragiles et résistants, les traces laissées par l’usage, tout cela raconte quelque chose de fort et de profondément humain.
Mon attirance pour les choses concrètes s’exprime aussi quand je collectionne les cailloux ou quand je fabrique des objets en béton. Des gestes encore, ancrés dans la matière.
Le geste, au fond, est quelque chose de réel, de tangible. Peut-être une manière de laisser une trace. Une preuve discrète de notre passage. 
Estelle
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